La Grèce découvre le stand-up, un genre théâtral adapté à la crise

La Grèce découvre le stand-up, un genre théâtral adapté à la crise

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Dans le bar en sous-sol bondé, les rires fusent tandis que de jeunes comédiens défilent au micro, improvisant sur les heurs et malheurs de la vie quotidienne dans une Grèce plombée par la crise.

Aristophane, vu comme « le père de la comédie » en Grèce, écrivait dès 425 avant Jésus-Christ des pièces qui brocardaient les mondes de la politique, de l’art et de la philosophie.

Mais, comme dans cette salle de Thessalonique (nord), c’est le stand-up qui occupe désormais le terrain. Un genre théâtral où un comique seul en scène fait rire d’anecdotes généralement liées à sa propre vie.

« Il y a dix ans, quand on louait des bars et qu’on leur disait que c’était pour du stand-up, neuf fois sur dix ils nous demandaient ce que c’était », se rappelle Andreas Paspatis, 28 ans, comique professionnel et pilier de la représentation mensuelle de Thessalonique.

Si le genre est très populaire au Royaume-Uni par exemple, où les vedettes du stand-up peuvent aussi commenter l’actualité à la télévision ou tenir une chronique dans un journal, le nombre de professionnels en Grèce ne dépasse pas la vingtaine.

Les Grecs attrapent d’ailleurs souvent le virus du stand-up en regardant des spectacles étrangers sur internet, commente Ira Katsouda, 33 ans, l’une des rares femmes à le pratiquer en Grèce. Ses maîtres sont des stars du genre, le Britannique Eddie Izzard et l’Américain Louis CK.

– ‘Les gens ont besoin de rire’ –

La crise a également contribué à faire connaître le stand-up dans le pays, dit-elle. Le genre « s’épanouit ici. C’est un divertissement pas cher et en ces temps sombres, même si ça fait cliché de le dire, les gens ont besoin de rire », ajoute-t-elle.

Dans son spectacle, « Sans gluten », qu’elle a présenté à Thessalonique et Athènes, elle ne parle pas de politique, et selon elle, la plupart de ses collègues font de même. « Le public en a assez de la  politique », assure Ira Katsouda.

A la soirée de Thessalonique, douze comédiens testent leurs dernières trouvailles dans une atmosphère empesée par la sueur, les rires et la fumée de cigarette. Le public, très jeune, a payé trois euros l’entrée, et beaucoup s’arrangent pour faire durer leur boisson jusqu’à la fin du spectacle.

Les comédiens, âgés de 17 à 37 ans, presque tous des hommes, viennent d’horizons variés, avec en commun un goût pour le théâtre: un lycéen, quatre étudiants, un avocat, un infirmier, un enseignant, un chômeur et trois employés.

L’assistance est enthousiaste et amicale, s’exécutant volontiers lorsqu’Andreas Paspatis réclame des applaudissements. Les publics grecs sont encore généralement sages.

« Je suis vraiment gonflé à bloc », assure Dimitris Marintsios, le lycéen de 17 ans, en révisant nerveusement son texte avant de se produire pour la première fois. Le stand-up, « c’est une bonne idée, et un gars sur scène qui raconte des blagues, je trouve ça cool. »

– ‘Romantique’ –

Les jeunes Grecs font face à un taux de chômage de près de 45%, « mais je ne vais pas parler de la crise parce que ce n’est pas tellement marrant », assure Dimitris.

Mais à peine sur scène, il raconte une histoire dans laquelle il est question de l’embarras qui s’empare des bus grecs quand monte le contrôleur. « Et pas seulement pour ceux qui n’ont pas de ticket! », lance Dimitris sous les rires. « Moi par exemple je paye, mais quand il s’approche de moi j’ai toujours l’impression qu’il va me dire un truc comme +dis donc, il est pas terrible, ton ticket+ ».

Athanasios « Cain » Samaras estime que, pour les gens de sa génération, parler de la vie quotidienne amène inévitablement à parler de la crise.

Il peine à gagner sa vie en tant que comédien professionnel, et comme beaucoup de jeunes Grecs, ne s’en sort qu’en vivant chez ses parents. Il évoque ce quotidien difficile dans ses sketches, la vie à petit budget, ou les croissants qu’on doit manger nature quand on les préfère fourrés au chocolat.

« J’ai grandi avec la crise. Du moment où j’ai commencé à devoir gagner ma vie, elle était là. Alors oui, ça m’influence, c’est ainsi », admet Athanasios. Vivre du stand-up, « c’est très difficile, souligne-t-il. Mais je ne veux pas laisser tomber, je n’ai que 25 ans et je suis romantique. »

Maria Tsevrentzidou, 21 ans, est fan de stand-up, mais elle ne partage pas cet état d’esprit. « Les gens de mon âge sont un peu plus nihilistes », commente la jeune serveuse lors d’une pause cigarette devant le théâtre. « Nous ne pouvons pas avoir de pensées romantiques, ni vivre dans les nuages. Nous devons juste faire avec ».

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