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Le pouvoir et l’argent: Samsung touché au coeur par le scandale en Corée du Sud

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Le destin des grands groupes et du pouvoir politique est tellement lié en Corée du Sud que certains ont surnommé le pays la « République de Samsung ». Mais aujourd’hui, le géant sud-coréen est rattrapé par un énorme scandale de corruption.

Le conglomérat est toujours sous le coup du désastre du rappel planétaire du Galaxy Note 7, son patriarche est alité et les enquêteurs réclament l’arrestation de son héritier, son fils Lee Jae-Yong, pour des soupçons de corruption et d’abus de biens sociaux.

Dans les années 1970 et 1980, les vastes conglomérats sud-coréens, appelés « chaebols », ont largement contribué au relèvement d’un pays qui avait été ravagé par la guerre et est devenu la quatrième économie d’Asie. Samsung, qui pèse 20% du produit intérieur brut, est le premier d’entre eux.

Mais les familles régnantes de ces groupes industriels sont accusées de les diriger comme s’il s’agissait de fiefs privés, dans l’opacité la plus totale.

Lorsque les manifestants ont réclamé par millions la démission de la présidente Park Geun-Hye, désormais destituée par l’Assemblée nationale, ils ont aussi exigé que les bailleurs de fonds soient châtiés.

« L’idée que la famille Lee est au dessus des lois est largement répandue », dit à l’AFP Shim Jung-Taik, auteur de plusieurs livres sur Samsung et sa culture d’entreprise. « De nombreux Sud-Coréens espèrent que les enquêteurs qui travaillent sur l’affaire leur donneront tort ».

– Echeveau complexe -M. Lee, vice-président du navire amiral du groupe Samsung Electronics, est soupçonné d’avoir soudoyé la confidente de l’ombre de Mme Park, Choi Soon-Sil, à hauteur de près de 40 millions de dollars, en échange de faveurs politiques.

S’il est reconnu coupable, M. Lee risque plusieurs années de prison. Mais d’autres capitaines d’industrie ont bénéficié d’une certaine clémence face à des accusations de ce type, à commencer par son propre père, Lee Kung-Hee, victime d’une crise cardiaque en 2014.

Le patriarche, sous lequel l’obscure firme électronique s’était muée en groupe mondial, avait été reconnu coupable en 1996 d’avoir soudoyé le président Roh Tae-Wooo. Il avait été condamné à une peine de prison avec sursis avant d’être gracié un an plus tard.

En 2008, il avait été reconnu coupable d’évasion fiscale et de manquements à ses devoirs après les révélations d’un ancien avocat de Samsung sur une caisse noire secrète pesant des milliards de dollars. Là encore, il avait bénéficié d’un sursis et d’une grâce présidentielle.

La famille Lee ne détient que 5% du capital de Samsung mais elle contrôle le groupe via un écheveau complexe de participations croisées entre filiales.

Samsung aurait acheté Mme Choi pour obtenir le feu vert du gouvernement à une fusion controversée entre deux entités, considérée comme cruciale pour une transmission du pouvoir en douceur.

Certains actionnaires s’étaient opposés avec virulence à l’opération au motif que l’une des entités avait été délibérément sous-évaluée.

– « Difficiles leçons » -« Un tel manque de transparence est la plus grande faiblesse de Samsung, elle le rend vulnérable aux critiques extérieures et au pressions politiques » visant à obtenir des pots-de-vin, juge Kim Sang-Jo, professeur d’économie à l’Université Hansung.

Cette crise n’aurait pas pu plus mal tomber pour Lee Jae-Yong, qui a 48 ans, doit prouver qu’il mérite de prendre la barre du paquebot familial.

L’affaire du Note 7, qui devait être le produit phare du groupe avant que ses batteries ne se mettent à exploser, avait déjà fissuré son image de dirigeant.

Ses deux soeurs, en particulier Lee Boo-Jin, 46 ans, qui dirige le secteur hôtellerie de plus en plus florissant de l’empire Samsung, ont toutes deux démontré leurs capacités de dirigeantes.

L’absence de M. Lee aurait un impact limité sur les activités au jour le jour du groupe car chaque département est dirigé par son propre PDG. Les stratégies globales sont déterminées par une équipe de cadres dirigeants réunis au sein du Bureau des stratégies d’avenir.

Mais à long terme, l’avenir du chaebol dépend d’une réforme de son fonctionnement abscons, estime M. Kim. L’année dernière, Samsung Electronics avait dit envisager de se scinder en deux comme le demandait le fonds d’investissement américain Elliott, minoritaire et activiste.

« Samsung doit tirer les difficiles leçons de cette crise, il doit se réinventer comme une entité vraiment internationale et transparente, que Lee Jae-Yong aille ou non en prison », dit M. Kim.

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