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Tunisie : dix ans après la révolution, “ils cherchent à étouffer les manifestations”

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Dix ans après la chute de la dictature, la Tunisie vit de nouvelles secousses. Les Tunisiens expriment leur colère, épuisés par une transition économique et sociale qui ne se fait toujours pas 10 ans après la révolution.

Depuis plus d’une semaine, dans plusieurs villes du pays, des jeunes manifestent pacifiquement via des manifestations, d’autres s’en prennent aux forces de l’ordre. “Parce qu’ils n’ont plus d’autre choix que la violence pour se faire entendre“, résument les habitants de la cité Ettadhamen qui a connu plusieurs nuits consécutives de heurts.

Peu importe la méthode et les motivations, la réponse des forces de l’ordre est “disproportionnée” critique la société civile. Des ONG ont dénombré au moins 1000 personnes arrêtées, souvent de manière arbitraire précisent-elles. Et dénoncent des méthodes beaucoup trop répressives. “Ils cherchent à étouffer les manifestations et la colère du peuple“, explique Amine, 32 ans, écœuré lui aussi par la situation du pays 10 ans après la chute de Ben Ali.

L’ombre du régime policier

Ce qui m’a décidé à sortir, ce sont les abus policiers.” Leila 28 ans, tente avec ses compagnons de rejoindre une manifestation. Ces jeunes ne veulent que clamer leur colère. Leila et ses amis assurent qu’ils resteront pacifiques quoi qu’il arrive. “Je me dois de sortir dans la rue parce que c’est terrible de voir que la police revient en force. Après la révolution, elle s’était un peu rangée. Mais c’est un régime policier qui se remet en place là“.

Dans son quartier, suite aux heurts et aux manifestations, elle a vu plusieurs jeunes se faire arrêter. “Ils leur collent des accusations de vols, etc. c’est parfois vrai. Mais pour l’immense majorité, ce ne sont que des prétextes fallacieux pour les décourager à manifester. Pour nous faire peur à nous tous“.

Son petit groupe tente de s’approcher de l’Assemblée Nationale, mais les forces de sécurité ont déployé les grands moyens. Blindés légers de police, camion à eau, le parlement est devenu inaccessible. Tout cela lui rappelle – dit-elle – l’époque de Ben Ali. “Ce sont exactement les mêmes techniques !“.

Arrestations en série

En à peine plus d’une semaine, au moins 1000 personnes ont été arrêtées par les forces de l’ordre, dont plusieurs centaines de mineurs, selon la société civile qui tente encore de faire les comptes. Ahmed, étudiant, manifeste avec les quelque 350 personnes qui ont réussi à se regrouper non loin du parlement.

S’il est venu protester, c’est parce que son ami – étudiant également – a été arrêté, puis emprisonné pour un simple statut Facebook dans lequel il dénonçait le comportement des policiers : “Ils l’ont emprisonné pour s’être simplement exprimé ! C’est son droit le plus strict ! Jamais il n’a appelé à la violence, jamais il n’a jeté la moindre pierre ou brisé la moindre vitrine, il n’a fait que critiquer les autorités. Et le voilà en prison ! Nous nous sommes battus il y a 10 ans pour pouvoir nous exprimer librement. Nous retrouvons cette époque où des mots peuvent te valoir d’être emprisonné, et torturé. J’ai très peur pour lui.

Le mois de janvier est historiquement en Tunisie un mois où les manifestations se multiplient. Les méthodes policières ne sont pas nouvelles, mais c’est l’ampleur des arrestations qui alerte aujourd’hui la société civile.

Lors des manifestations, les années précédentes, jamais les autorités n’avaient interpellé et arrêté des gens aussi allègrement assure Oumayma Mehdi, de l’ONG avocat sans frontières. Pire, explique-t-elle, “nous avons constaté des cas de tortures, dont des tortures sexuelles, sur les personnes récemment arrêtées. Une quinzaine de cas de torture pour l’heure, mais il doit y en avoir bien plus encore. Nous commençons seulement à avoir une vision d’ensemble. C’est l’horreur. Et cela se poursuit !

Selon les informations de cette ONG, 100 personnes ont été arrêtées pour la seule journée de mercredi. Un jeune homme est décédé, après avoir été blessé le 19 janvier par une cartouche de gaz lacrymogène lors d’une manifestation.

Covid et fatigue

Les autorités veulent tuer dans l’œuf toute contestation. Alors que si elle existe dans tout le pays, les Tunisiens peinent à battre le pavé. Les raisons sont multiples. Il y a bien sûr la répression, mais la pandémie également : “Pratiquement chaque famille est désormais touchée de près ou de loin par le Covid“, explique un membre de la société civile.

Et le contexte politique a changé. “C’est vrai que nous sommes découragés. Mais contre qui manifester aujourd’hui ? Il n’y a plus de Ben Ali à faire tomber. Nous n’avons plus espoir qu’après la chute de X ou Y nous pourrons vivre une vie plus tranquille, plus juste. Nous sommes tous fatigués, lassés, épuisés par tant de déceptions qui s’accumulent depuis 10 ans“, résume une Tunisienne qui observe sans – comme tant d’autres – trouver le courage de rejoindre le cortège.

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